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Inde : la solution s'appelle-t-elle « Modicare » ?

10 Janvier 2019
Le gouvernement indien a lancé, en septembre, ce qu'il décrit comme le plus grand plan d'assurance santé au monde. Le Premier ministre, Narendra Modi, a indiqué que le programme 'Ayushman Bharat -Pradhan Mantri Jan Aarogya Yojana (AB-PMJAY)' donnera une couverture santé à hauteur de 500 000 roupies ($6900) par an pour les 100 millions de familles les plus pauvres du pays.

AB-PMJAY, plus communément appelé « Modicare » par le gouvernement et les principaux media en Inde, remplacera les programmes précédents. Il se compose de deux éléments, l'Ayushman Bharat qui doit créer 150 000 centres de santé et de bien-être destinés à dispenser l'ensemble des soins de santé primaires (CPHC), et le Pradhan Mantri Jan Aarogya Yojana (PMJAY) apparemment conçu pour permette aux pauvres et aux plus vulnérables d'accéder aux soins secondaires et tertiaires à travers un réseau de prestataires de soins de santé enregistrés (EHCP).

Si l'on considère que près d'un demi-milliard de personnes doit bénéficier de ce plan, cette avancée devrait en principe être bien accueillie. Mais les détails recèlent des intentions plus malveillantes. Alors que le plan est censé coûter 1,6 milliard US$ par an, la somme provisionnée pour la première année budgétaire est seulement de 300 millions US$. Ce n'est pas tellement plus que les sommes provisionnées au titre de l'assurance santé dans les budgets précédents. Cela représente à peine 27 % de ce que le gouvernement a l'habitude d'allouer en un an pour renflouer l'industrie sucrière malade.

Cela représente, par ailleurs, seulement 0,01 % du PIB indien. Le financement largement insuffisant de la santé publique est un handicap majeur. Alors que la Constitution indienne garantit un traitement gratuit pour tous, le gouvernement dépense seulement un peu plus de 1 % de son PIB pour la santé – 70 % de tous les soins de santé en Inde sont assurés par des prestataires privés que les patient-e-s payent de leur poche. Les riches qui ont les moyens de payer les prix élevés des hôpitaux privés ont accès à des services de santé de qualité, tandis que les pauvres sont condamnés à des services de santé de seconde catégorie.

Il est donc important de disposer d'un système de santé financé publiquement afin d'améliorer les résultats et de réduire les inégalités en matière de santé. Mais Modicare n'est pas programmé pour prendre ce chemin. En premier lieu, il est manifeste qu'il sera sous-financé. Deuxièmement, l'EHCP intègre des prestataires privés qui se feront payer au prix du marché pour les services rendus.

Les principaux bénéficiaires du plan devraient donc finalement être les assureurs santé privés et prestataires de services privés, et non le pauvre peuple indien. Il est également possible de considérer ce plan comme une manœuvre politique étant donné le moment de son lancement, puisque le pays entre dans un cycle électoral.

Sanjay Nirupam, leader du Congress Party qui fait partie de l'opposition, a déclaré : « Cela va être une nouvelle arnaque. Cela ne va profiter qu'aux compagnies d'assurance privées. Les citoyen-ne-s de ce pays vont réaliser plus tard que ce n'est qu'une pirouette électorale. »

Ce dont a besoin l'Inde aujourd'hui, pour offrir à tous une santé de qualité, c'est de renforcer les services de santé publics, pas d'un modèle de privatisation de la santé tel que représente Modicare.

À cet égard, Jan Swasthya Abhiyan (JSA), une coalition de réseaux de la société civile qui fait partie du Mouvement populaire pour la santé (PHM), également allié de l'ISP, établit une liste des innovations de politique publique qui sont urgentes pour assurer la santé et les soins de santé à l'ensemble du peuple indien :

  • systèmes publics qui assurent la distribution gratuite de médicaments ;
  • mise à niveau des centres de santé primaire et centres communautaires de santé ;
  • responsabilité des services de santé publics à l'égard de la communauté ;
  • renforcement des soins de santé primaires dans les zones rurales et urbaines reliés à des systèmes de santé par district ; et
  • instauration d'un droit aux soins de santé.

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