Opposition totale du mouvement syndical brésilien vis-à-vis de l’ordre de mise en détention prononcé contre Lula

10 Avril 2018
Le 5 avril, le juge fédéral Sergio Moro a ordonné la mise en détention de l’ancien président brésilien, Luiz Inácio Lula da Silva. Condamné sans preuve pour corruption par deux instances judiciaires, Lula ressort favori des sondages pour les élections présidentielles d’octobre prochain.

Le mouvement syndical et social brésilien, ainsi que de nombreuses personnalités et juristes renommé(e)s, affirment que l’ancien président est victime d’une persécution politique qui vise à l’empêcher de se présenter aux élections. Jeudi matin, le Tribunal suprême fédéral brésilien (STF) avait rejeté la demande d’habeas corpus préventif présentée par la défense de Lula. Six ministres ont voté contre la demande et cinq ont voté pour. La décision prise par la majorité viole la Constitution et le Code pénal brésilien, qui n’autorisent la détention qu’après un jugement devant toutes les instances.

« Peu importe le fondement des accusations portées contre Lula, l’ex-Président est victime d’une persécution politique de la part de la droite , surtout, parce qu’il se positionne en tête des sondages d’intention de vote pour les élections présidentielles d’octobre prochain. L’emprisonnement actuel de Lula sert un agenda qui va à l’encontre de toutes les avancées sociales réalisées par le Brésil ces dernières années. Donc, pour moi, une élection sans Lula ressemble à une fraude, » dit Rosa Pavanelli, secrétaire générale de l’ISP.

Les principales centrales syndicales brésiliennes ont publié des communiqués jeudi dernier, dénonçant la persécution à l’encontre de l’ancien président brésilien. Vous pouvez lire ici (en portugais) la note de la Centrale unique des travailleurs (Central Única dos Trabalhadores, CUT) et ici (en portugais) le communiqué commun de cinq autres entités. Ce vendredi 6 avril, la Confédération syndicale des travailleuses et travailleurs des Amériques (Confederación Sindical de Trabajadores/as de las Américas, CSA) a également publié une déclaration de soutien envers Lula

Ces trois communiqués montrent qu'il est évident, pour le mouvement syndical brésilien et latino-américain,  que la condamnation, la détention et la probable inéligibilité de Lula da Silva – qui ont lieu en un temps record – font partie du processus de régression des droits au Brésil, dont la première étape a été la destitution de la présidente Dilma Rousseff en 2016. 

« Dans ce contexte, la condamnation et l’ordre de mise en détention à l’encontre de Lula sont dans la lignée du coup d’Etat parlementaire et représentent une véritable rupture de la démocratie. L’ancien président a été condamné sans preuve, à la suite d’une grande farce judiciaire lors de laquelle son droit à la défense a été explicitement restreint et manipulé, » selon Juneia Martins Batista, représentante du Brésil au sein du Conseil exécutif de l’Internationale des Services Publics (ISP). 

« Nous sommes actuellement confrontés à la plus grande crise politique depuis la dictature militaire. Pour la surmonter, il faut à tout prix garantir les libertés d’organisation et d’expression, ainsi que la mise en place d’élections libres, démocratiques et souveraines, avec la participation de toutes les forces politiques et de tous les partis. Nous n’acceptons pas les censures autoritaires. Le pays est fortement divisé ; dès lors, la persécution envers Lula, combinée au mécontentement populaire face aux mauvaises conditions de vie et de travail, peut entraîner des réactions plus radicales, » avertit João Domingos Gomes dos Santos, également représentant du Brésil au sein du Conseil exécutif de l’ISP.

A l’heure actuelle, il s’avère essentiel de faire preuve de solidarité à l'échelle mondiale et de lutter, tou(te)s ensemble, en faveur de la libération de Lula et du respect total de ses droits politiques.

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