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La course à la privatisation imposée par l'Australie rend ses citoyens malades

11 Avril 2017
Le système de santé australien est souvent cité en exemple comme l'un des plus efficaces au monde, avec son Medicare universel. Il s'agit d'un plan d'assurance-maladie universel destiné initialement à permettre des soins gratuits à chaque point d'accès, indépendamment des revenus, financé par le système fiscal du pays.

Une étude comparative récente menée par le Common Wealth Fund a révélé que l'Australie se classait quatrième sur onze pays riches (). Le régime offert par Medicare a réussi à maintenir les coûts de santé relativement bas pour le gouvernement et les citoyens pendant des années. Mais grattez la surface et vous verrez ce que cache le vernis.

Cette même étude du Common Wealth Fund a également classé l'Australie neuvième sur onze s'agissant des obstacles liés au coût dans l'accès aux soins.  L'augmentation du nombre de quotes-parts et de leur montant commence à miner l'accessibilité des soins en Australie.  Ceci est le résultat des gouvernements successifs qui ont adopté une position néolibérale concernant la prestation de soins, qui reporte la responsabilité (les coûts) des soins de santé sur les individus.  Voilà qui forme un contraste marqué avec les valeurs syndicales de solidarité dont nous savons qu'elles renforcent la communauté.

Les Australiens sont « encouragés » financièrement à contracter une assurance-maladie privée, dans le cadre de ces politiques néolibérales menées par l'état.  Les primes augmentent progressivement en démarrant à 2% par an si vous souscrivez une assurance-santé pour la première fois après l'âge de 30 ans, et vous êtes soumis à des prélèvements fiscaux plus importants si vous ne prenez pas d'assurance santé privée. Afin d'encourager la participation, le gouvernement rembourse les citoyens par le biais des déclarations d'impôts (régime d'abattement fiscal pour souscription à une assurance santé privée).  Cet abattement coûte désormais au gouvernement près de 6 milliards de $ AUS par an, somme qui pourrait être investie pour fournir des soins plutôt que pour alimenter les profits de compagnies d'assurance privées.

Une proposition budgétaire consistant à augmenter les quotes-parts pour Medicare a été faite en 2014. Évolution que beaucoup ont assimilée à une tentative visant à saper le système de soins universels et faire un pas supplémentaire vers la privatisation.  Cette proposition a finalement été rejetée sous la pression répétée et insistante de l'opinion publique.

On constate toutefois une tendance récente des gouvernements des différents états, en particulier celui de Nouvelle-Galles du Sud, à privatiser le système de santé, dernière attaque en date contre le Droit humain à la santé en Australie.

La NSWNMA (Association des personnels infirmiers et sages-femmes), affiliée à l'ISP, lutte actuellement contre la privatisation de six hôpitaux publics parmi un certain nombre d'autres services pour voir la carte des services de santé privatisés en NGS).  La privatisation est en cours alors même que l'état connait un excédent budgétaire et que le gouvernement a bradé son réseau  de transmission de l'électricité, bénéficiaire, pour « payer les infrastructures ». Le gouvernement cède actuellement cinq hôpitaux publics à des gestionnaires privés et deux autres vont être fusionnés en un hôpital dont la propriété et le fonctionnement seront privés.

Le NSWNMA indique que la communauté est véritablement inquiète de la privatisation de ses hôpitaux publics.  « La communauté est en train de réaliser qu'en privatisant, on perd le contrôle, on perd la possibilité de demander des comptes au gouvernement », précise Judith Kiejda, Secrétaire générale adjointe du NSWNMA et Coordinatrice des services sanitaires et sociaux pour l'Asie et le Pacifique à l'ISP.

Le syndicat s'inquiète notamment du fait qu'aucune dotation minimale en personnel infirmier par rapport au nombre de patients ne sera assurée dans un système privatisé.  En 2010, le syndicat a mené une forte campagne qui a mobilisé ses membres, le soutien de l'opinion publique et de politiciens engagés dans des lobbies, dont le point d'orgue a été une grève des infirmières et la fermeture de lits dans tout l'état.  Cette action a permis d'obtenir une dotation minimale en infirmières et en sages-femmes pour la majorité des hôpitaux publics, forçant le gouvernement à recruter 1400 personnes à temps plein.

« Cette mesure est désormais menacée avec les prestataires privés qui ne sont engagés à respecter cette promesse de dotation minimale en personnels que pendant deux ans » indique Judith, expliquant qu'à ce stade, cette obligation n'existe actuellement que dans un hôpital privé.  « Si on y ajoute la perte de la sécurité de l'emploi, des salaires plus bas et des conditions de travail moins bonnes pour les infirmières du secteur public, la communauté va voir son niveau de soins mesurable baisser du fait de la réduction progressive de la dotation en personnel ».

Le syndicat fait pourtant activement campagne pour empêcher la privatisation de se poursuivre.  Les personnels infirmiers et sages-femmes vont à la rencontre de leurs communautés pour les sensibiliser et gagner leur soutien.  Ils le font à travers des forums publics, en se rendant sur des marchés locaux ou à des fêtes ou en organisant des rassemblements communautaires.  Les syndicalistes font aussi du lobbying auprès de leur responsables politiques locaux, leur mettant ainsi la pression pour qu'ils reviennent sur leur décision.

De fait, la colère grossit en Australie contre la privatisation.  Un éditorial récent paru dans l'édition australienne du Guardian abordait une initiative conjointe de l'ISP appelée Enquête populaire sur la privatisation.  Les résultats de cette enquête doivent être communiqués en avril/mai de cette année, mais il apparait déjà clairement que le panel indépendant de l'enquête met au jour des conséquences profondément inquiétantes de la privatisation. Par exemple, des éléments recueillis lors de l'enquête prouvent qu'à ce jour, la privatisation de sept hôpitaux publics est un échec, nécessitant leur retour dans le giron de l'état.

Il revient maintenant aux syndicats et aux partenaires de la société civile d'exploiter cette peur de la privatisation que ressent la communauté, ainsi que nos espoirs communs d'un monde meilleur si la tendance à la privatisation de la santé devait s'inverser en Australie.  Tous les voyants indiquant que la classe des travailleurs/euses est prête au combat sont au vert.

Cet article est extrait de Bulletin d’information « Droit à la Santé », numéro 01/2017. Abonnez-vous au bulletin. Envoyez-nous vos articles.

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