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Discours de Rosa Pavanelli lors de la 105e CIT

09 Juin 2016
Rosa Pavanelli
Rosa Pavanelli, la Secrétaire générale de l’Internationale des Services Publics (ISP), s’est adressée aux participant(e)s de la 105e Conférence internationale du Travail, qui s’est tenue à Genève ce lundi 6 juin 2016.


Monsieur le Directeur général,

Madame la Présidente,

Mesdames et messieurs les représentants des gouvernements, des employeurs et des organisations de travailleurs,

Mesdames et messieurs les participants à cette 105e Conférence internationale du Travail,

 

Je m’adresse aujourd’hui à vous au nom de l’Internationale des Services Publics, une organisation qui est née en même temps que l’OIT et qui représente 20 millions de travailleuses et travailleurs des services publics à travers le monde.

L’ISP salue l’ordre du jour de la 105e Conférence internationale du Travail ainsi que le rapport du Directeur général, qui a abordé les questions les plus critiques auxquelles nous devons faire face.

Des millions de réfugiés fuient les conflits, les persécutions, les catastrophes naturelles et la famine. L’Union européenne s’est révélée incapable de recevoir et d’accueillir décemment un million de réfugiés, et a délégué à des pays tiers, qui ne se montrent pas toujours démocratiques, ses responsabilités légale et morale de protéger et de respecter les droits humains fondamentaux de ces personnes, en majorité des femmes et des enfants. Parallèlement, les pays en développement accueillent 86 % des 19 millions de réfugiés estimés fin 2014.

Si la coopération avec les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord demeure essentielle, les dérogations aux droits humains fondamentaux qui en découlent nous inquiètent. La Turquie, l’Egypte et l’Algérie comptent parmi les nombreux pays où la situation d’urgence est aussi exploitée pour harceler, réprimer, intimider, emprisonner voire tuer les opposants politiques, les membres de la société civile et les syndicalistes. C’est inacceptable. Les conséquences sont imprévisibles et ne peuvent qu’accroître l’incertitude vis-à-vis de notre avenir.

Nous ne pourrons bâtir un avenir prospère pour tous qu’en adoptant une approche fondée sur les droits, incluant un accès à un travail décent, aux soins de santé, et à l’éducation pour tous. Et l’OIT a un rôle à jouer à cet égard.

La proposition de l’OIT de réviser la Recommandation 71 constitue une avancée importante pour s’attaquer au problème, ainsi que pour élargir et actualiser sa portée. Le projet de conclusions offre une approche globale qui peut être adaptée à toutes les situations.

Une nouvelle fois encore, la signature d’un accord équitable se retrouve entravée par certains Etats membres et certains employeurs qui décident de ne plus définir de normes.

Les trois organes principaux de l’OIT ont toujours adopté une approche constructive, où les décisions sont prises par consensus et jamais imposées unilatéralement. L’OIT a été fondée pour construire, pas pour détruire.

Définir des normes permet également de limiter les menaces qui planent sur l’autorité des gouvernements et sur la cohésion sociale, mises à mal par des traités sur le commerce négociés dans le plus grand secret. Des traités qui avantagent une minorité au détriment des 99 % restants de la population mondiale.

La technologie peut potentiellement améliorer la qualité de vie de millions de personnes, mais un avenir ne reposant que sur la technologie n’a pas lieu d’être. Si les robots et les machines coûtent certes moins cher que les travailleurs, et ne font bien entendu pas grève pour réclamer de meilleures conditions de travail, ils n’achèteront en revanche jamais de téléphone portable, de voiture ou de vêtements de la nouvelle collection printemps-été. Ils n’achèteront pas de nourriture et n’iront pas manger dans les chaînes de restauration rapide. Utilisons la technologie pour alléger les conditions de travail des êtres humains et améliorons la vie des travailleurs !

De nouveau, l’OIT peut jouer un rôle considérable à cet égard.

L’ISP salue le rejet du projet de norme ISO 45001 par les organisations membres de l’ISO. Il est désormais grand temps pour l’OIT de définir de nouvelles normes internationales sur les systèmes de management de la santé et de la sécurité au travail avec ses trois organes principaux afin de prévenir le décès de milliers de travailleurs chaque année.

Le travail décent réside au cœur même du Programme 2030 – sans des salaires décents pour tous, il nous sera impossible d’éradiquer la pauvreté. L’OIT doit figurer en première ligne de ce combat, afin de pouvoir défendre tous les aspects du travail décent et de militer en faveur d’une place plus importante des partenaires sociaux dans la mise en œuvre des Objectifs de développement durable.

La privatisation est incompatible avec le Programme 2030, et les PPP ont démontré qu’ils étaient voués à l’échec. Nous exigeons des critères inconditionnels afin de veiller à ce que l’intervention du secteur privé soit en phase avec l’intérêt public, notamment lorsque les ressources publiques sont utilisées pour soutenir le secteur privé.

Trois conditions s’avèrent cruciales pour garantir un travail décent dans les chaînes d’approvisionnement mondiales. La première responsabilité sociale des entreprises devrait être de payer leur juste part de l’impôt aux communautés au sein desquelles elles réalisent leurs bénéfices. Pour protéger les lanceurs d’alerte de façon efficace, il s’avérerait utile de mettre en place des clauses contraignantes – qui viendraient remplacer le principe de diligence raisonnable – afin de garantir la transparence des mécanismes du marché public et de promouvoir la lutte contre la corruption, tant dans le secteur public que privé.

Les entreprises ne peuvent offrir de la valeur ajoutée que si elles sont réglementées par des institutions démocratiques fortes. Œuvrons ensemble en faveur d’un développement durable inclusif.

 

Je vous remercie de votre attention.

Rosa Pavanelli


Le texte du discours est également disponible en anglais, espagnol et russe

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