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Un infirmier des Fidji met en cause la Banque mondiale au sujet de la privatisation

10 Janvier 2019
Lors du sommet annuel du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, organisé à Bali (Indonésie), du 12 au 14 octobre 2018, qui a rassemblé 20 000 dirigeant-e-s de gouvernements et de groupes financiers mondiaux, l'un des membres du conseil d'administration de l'Association des infirmiers et infirmières des Fidji, M. Isimeli Radrodro Tatukivei, a posé des questions sur l'efficacité des partenariats public-privé (PPP) dans le domaine de la santé.

M. Tatukivei est inquiet quant à la volonté du gouvernement fidjien de privatiser deux hôpitaux publics. « En tant qu'infirmiers, il est de notre responsabilité de savoir quel pourrait être l'impact des PPP sur nos communautés et sur les travailleurs/euses », a-t-il indiqué. Sa requête tombait à point nommé puisque adressée juste avant les élections nationales fidjiennes, qui ont vu se maintenir au pouvoir le parti majoritaire à la mi-novembre.

Plusieurs rapports récents révèlent l'échec que connaissent les PPP dans le domaine de la santé. Taking Back Control (Reprendre le contrôle) est un rapport, né d'une enquête australienne, qui montre l'échec des PPP et des privatisations complètes à travers neuf exemples. Ce à quoi il faut ajouter le rapport d'Eurodad L'histoire se réPPPète qui détaille une étude de cas de PPP hospitaliers qui ont échoué en Suède et au Lesotho.

D'après Eurodad, l'expérience du Lesotho apporte la preuve, au plan international, que les PPP peuvent être extrêmement risqués et coûteux dans le domaine de la santé. Le rapport suggère que « les PPP doivent être évités dans le domaine de la santé, en particulier dans les contextes à faible revenu, aux faibles capacités, dans lesquels ils peuvent constituer une menace pour le système de santé tout entier. » Le rapport Taking Back Control démontre que lorsque la privatisation de la santé échoue, cela coûte cher à la communauté, tant financièrement qu'en termes de résultats, car l'état n'a plus qu'à réparer les pots cassés.

Et ce ne sont pas simplement les voix habituelles qui s'élèvent pour dénoncer les PPP. La propre analyse du Fonds monétaire international démontre que les bénéfices de la privatisation se résument généralement à une  « illusion » et souligne que la privatisation a laissé le RU en bien mauvais état sur le plan fiscal (cf. rapport publié dans l'Independent[1] et le Guardian[2]  pour accéder aux commentaires). Le FMI a dit à plusieurs reprises que les PPP n'étaient pas une bonne affaire car ils génèrent des passifs occultes pour les gouvernements. 

Pourtant, la Banque mondiale s'obstine à favoriser les privatisations et les PPP, qu'elle inscrit comme conditions préalables aux emprunts ainsi qu'à des objectifs de réforme.

« Nous ignorons pourquoi il a été recommandé au gouvernement de privatiser les hôpitaux de Lautoka et de Ba par le biais de PPP » a déclaré M. Tatukivei. « On nous dit souvent que les PPP ne sont pas une forme de privatisation, pourtant les informations que j'ai recueillies en assistant à ces réunions indiquent clairement qu'il s'agit bel et bien d'une forme de privatisation. La société et les travailleurs/euses de la santé aux Fidji n'en savent pas assez sur les conséquences des PPP sur la santé. Une fois de retour aux Fidji, je vais transmettre ces informations pour en débattre avec les syndicats, les communautés et les ministres du gouvernement concernés. »

L'ISP collabore avec l'Association des infirmiers et infirmières des Fidji (FNA), ainsi qu'avec l'Association des Services Publics fidjiens, qui couvrent toutes deux les travailleurs/euses dans les hôpitaux publics fidjiens. Les ateliers animés par les syndicats sur la privatisation et les campagnes de lutte ont mis l'accent sur la transmission du message à leurs communautés.

Les maladies infectieuses augmentent avec le changement climatique et le taux de maladies non transmissibles figure parmi les plus élevés au monde, ce qui fait de la santé un enjeu majeur pour l'avenir aux Fidji.

Les travailleurs/euses de la santé ont un bon niveau de formation aux Fidji et beaucoup décident de s'expatrier car ils peuvent obtenir de meilleurs salaires et de meilleures conditions de travail à l'étranger. D'après la FNA, les infirmiers et infirmières fidjiens sont plus nombreux à travailler en Australie et en Nouvelle-Zélande qu'aux Fidji. 

Aux Fidji, les infirmiers et infirmières, au même titre que tous les fonctionnaires, ont un contrat de 1 à 5 ans, avec des augmentations de rémunération et un avancement en fonction des appréciations annuelles. Au terme de leur contrat, les travailleurs/euses de la santé doivent postuler à nouveau pour le travail qu'ils effectuaient, dans un environnement concurrentiel ouvert. Ces conditions de travail poussent sans conteste de plus en plus d'infirmiers et infirmières à fuir le pays pour chercher la sécurité de l'emploi.

Ils s'inquiètent de leurs conditions de travail qui limitent leur capacité à prendre la défense des patient-e-s et du système de santé dans son ensemble. Ceux qui parlent peuvent se retrouver sans emploi. C'est un exemple concret de l'importance des syndicats comme composante de la transparence du secteur public et de son obligation à rendre des comptes.

Les syndicalistes aux Fidji sont confrontés à des difficultés. Les syndicats continuent de voir les règles fondamentales du travail bafouées, notamment le droit de réunion et le droit à l'action syndicale. Certaines agences gouvernementales, telles que celle des pompiers, mettent en place des « syndicats jaunes » pour tenter de diviser la main d'œuvre.

Malgré ces circonstances, les membres des syndicats se mobilisent pour leurs droits. Les syndicats ont fait circuler des pétitions et des tracts au sein des communautés dans la période qui a précédé les élections nationales. Ils espèrent que leurs communautés vont se mobiliser à leurs côtés pour affirmer que la santé est un droit humain et qu'il n'est pas à vendre.

 

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